Confins #11 - S'accrocher






"- De la tendresse ou je me tue !!"
Son cri avait retenti dans tout le hameau. Certains ouvrirent leurs fenêtres à ce moment là, d'autres posèrent leur brouette pour aller voir la marie, plantée dans ses bottes devant la ferme, avec la carabine du grand-père à la main.
Les armes à feu, en Combrailles, ne servent jamais à se suicider, tout le monde le sait. On les utilise plutôt pour chasser le gibier et les mauvais esprits - voisins, contrôles sanitaires, gendarmerie, assistantes sociales...
Pour mettre fin à ses jours, on opte, avec humilité, pour la pendaison, qui est en vogue en Combrailles depuis des temps immémoriaux.
Selon la formule vernaculaire, on "s'accroche", aux arbres fruitiers de préférence. C'est une méthode de suicide propre et éco-responsable, qui a également l'avantage de reléguer la pollution sonore due à l'agonie dans les boisements, à l'écart des habitations.
"S'accrocher", c'est aussi, symboliquement, le retour à la fragilité du nouveau né qui pour faire face à la difficulté de la vie, revient à sa mère et s'y accroche. C'est peut-être la condition éternelle de l'homme que de devoir s'accrocher à quelqu'un.
Quant à la Marie, on l'a retrouvée accrochée après un grand marronnier, dans le bois de Motaillas, cinq ou six jours plus tard. Comme elle n'avait pas laissé de mot, personne ne s'est souvenu de pourquoi elle s'était suicidée.
Belle journée ce mardi.

RM 07/04/20

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