Les Vacances de Mr Motaillas

Il y a d'abord ces retrouvailles, très impressionnantes, avec les fours à chaux de Romagnat. Je ne raconterai jamais aussi bien qu'en silence l'émotion, plutôt les émotions que cet endroit fait surgir à l'intérieur et à l'extérieur de moi; ce que l'imposant moulin inanimé du fond de l'estrade maladroite a d'animé et de saisissant; ce que criaillent les dispositions sensibles d'objets gracieux dans l'harmonie d'un désordre parfaitement maniaque et méthodique; ce que l' "oeuvre intégrale" d'un Bernard Quinsat, malgré ce qu'il voudrait faire croire, plus en forme que jamais, suscite comme l'évidence d'une médaille honorifique telle que le Mérite National dont la "remise" -devrais-je dire le dépôt?- a été mise en musique par mon compère François Arbon, dans une interprétation vraisemblablement historique de La Marseillaise. Un détournement incontournable comme tous ceux qui circulent déjà dans mes galaxies intérieures, vers l'infini et au-delà puisque je ne l'ai entendu que par propos rapportés...

Voilà ce que ce lieu fabrique : de l'Histoire, avec une grande hache comme dans haricots dont ce n'est décidément pas la fin. Pas encore. Tant qu'il y aura ce magasin de chaux, tant qu'on pourra y jouer, tant qu'on pourra y remettre des décorations, tant que Laurette, Anne et Bernard rôderont autour, assurant un catering gitano-mèrepoulien, déposant sur la table une salade de lentilles aux harengs tzaziki tout comme une sustentation philosophico-affective gargantuesque (de quoi y tenir un siège, avec quelques couvertures); la prospérité de la vraie pensée libertaire bienveillante sera assurée. 

Ainsi mercredi nous faisions avec François et Catherine résonner nos balbutiements musicaux dans la forme d'un trio intitulé "Sekkelaar Road", et beaucoup de belles personnes sont venues pénétrer dans notre tipi auvergnidien pour se laisser bercer par les flots néanmoins turbides de la Sioule évoquée. 


Résonner et finalement aussi peut-être raisonner malgré que nous soyons de tendres enfants grondés par la rivière elle-même, qui peut-être ne supporte pas tous les propos que nous lui affublons joyeusement, la tordant -comme si le méandre de Queuille ne suffisait pas- à notre bon gré pour espérer y voir surgir une métaphore de la Vie, une mythologie de vide-grenier comme celle que Bernard a tissé, meulé durant toute sa vie.

L'écoutant lire du Pourrat pour introduire notre intervention sur un Iphone qui s'éteignait sans arrêt; cette image de l'infinie tapisserie de Pénélope m'est revenue à l'esprit. C'est une idée récurrente chez moi, elle fait partie des meubles. Cette idée que tout au long de sa vie, dans l'attente du retour d'un fantasme lointain, on fabriquerait éternellement la Grande Fresque, sans cesse en détruisant la nuit le travail accompli le jour. Comme si l'on regrettait l'Avant... mais ce serait plutôt ici attendre l'Après ! Et c'est pile cette tapisserie que nous avons dépouillée pour en extraire les épisodes du grand voyage d'Ernest Motaillas sur les rives de la Sioule.


Plus que jamais dans l'instant présent, nous avons chanté...

Les louanges
Les éructations
Les borborygmes
Les vaguelettes
Le torrent
Nos écarts
Nos égards
Nos pertes
Nos directions
Nos vitesses de croisières
Nos croisades
Nos rencontres
Notre Grande Traversée...

Puis l'Eau Vive,
comme la Chaux inflammable.

La commission de sécurité n'y put rien.

Merci à tous
et bonnes vacances à moi-même !

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