"Herment", entre la Californie et l'Oregon




















Il est venu. Il est revenu. 
Il est parti d'abord, puis il est revenu. 
Il a fait ce truc, il l'a fait.
Pourtant il ne s'est jamais très éloigné des longues conversations que nous pûmes avoir parmi les temps immémoriaux du Lycée-Goulag Blaise Pascal qui fut malgré tout un Eden de connaissances et de rencontres parfois amèrement regretté; c'est communément admis. 

PUM, fruit d'un passé simple mais bourgeon d'un futur compliqué -d'ailleurs le verbe "pouvoir" ne complique-t-il pas infiniment les choses ?- pourrait être son nom; trois lettres, comme le sien, le vrai. Rajoutons une aile -l'autre est cassée- et nous nous retrouvons avec sa tendre plume qui, trempée dans une encre laissée aux amarres clermonto-périphériques pour rejoindre son Oncle d'Amérique, accouche de quelques subtilités décelables dans la carte postale ci-jointe.

L'errement qu'évoque celui que nous appellerons Pum pour les besoins de l'expérience est typiquement ce mode d'existence qui traverse ma vie en pointillés, qui la titille, même si je suis en sédento-sédentaire sédimentaire aussi stable et immobile qu'un arbre dont les racines poussent à la cime, tournicotant entre les nuages.

L'errement de Pum ressembla plutôt à l'outrecuidance d'un choix déterminant dans le moyen de transport employé pour son parcours initiatique aux États-Unis: le train, et la marche.

Le train c'est la rivière, la force torrentielle d'un déplacement véloce à travers, où tout peut se passer, faute de frontières. Pum, en quarante-trois heures de trajet, put y voir un décès, deux naissances, le blanc sein d'un allaitement, la brève algarade qui surgit entre deux familles du peuple, le frère égaré sur les chemins de la foi psalmodiant quelques latineries pour que la porte des chiottes s'ouvre enfin, quelques bisons courir le long des rails, et des touristes allemands, milkshake dans une main, Iphone dans l'autre, prendre les rocheuses en photo à destination d'Instagram. La trajectoire infernale de la locomotive effrénée eut raison de la sagesse des uns et des autres. Dans la confusion des sens, au coeur des bruits assourdissants de mécaniques que l'on croit de moins en moins fiables, le doute pose sa main à l'intérieur de sa tête. Dois-je vraiment rester dans ce dragon à vapeurs, dans son interminable colon rampant, pour me faire finalement dissoudre comme un vulgaire sachet de pâté pour dragon ?

Ce n'était encore rien. Rapport au premier pas qu'il posa en descendant du train, à sa destination. Une fois les passagers sortis, il fut bien stupéfait d'observer le silence désertique des tristes quais de la gare. Une ou deux personnes, aux physiques éraillés, se balancent nonchalamment sur leurs deux pattes pour atteindre un banc, un abribus ou un endroit endroit conçu et destiné à la seule action que peut représenter le fait d'attendre. Puis c'est donc plusieurs jours de marche, de "mauvaise conduite pédestre" comme il précisa après-coup, qui l'emmenèrent aux confins de l'expérience marchée, à savoir la dissolution de l'obsolescence et de  l'ordre établi par la migration du corps au rythme de l'esprit : "un tapis rouge pour une délicieuse solitude"...merci pour ces justes mots.

Le pays du Pick-Up se sillonne en fait à pieds. Les gens parfois vivent dans leurs voitures là bas, faute d'espace dans leurs habitations, aux loyers trop importants. La propriété y est le passeport de toutes les folies, le havre possible et rêvé et de tous les droits d'asile. Les rues parfois sont sans trottoirs, et le marcheur, singulier, en plein travail, se voit régulièrement approché par un représentant des forces de l'ordre.  
Que diable fichez-vous à pieds ?

Je marche donc je pense. Sur les trottoirs existants se rencontrent les parias, les petites et les vraies gens. Les pensées de tous bords, les déterminations du cœur et les courages vibrants. Plongée au fin-fonds de la cité perdue de l'Atlantide, le voyage à pieds de Pum l'emmena jusqu'au doux logis d'un vieux titan qui animait sa passion de la musique depuis fort longtemps.


Il aime la rondeur de l'accent américain,
Le son des guitares,
La frappe des mots,
Les rimes à peu-pristes
L'histoire tutélaire de la folk, du rock, de la pop....

Tout ce voyage pour entendre dire son maître, le conduisant, plein d'affection, à l'aéroport qui le redéposera quelques heures plus tard sur le sol auvergnat, que la flamme de son talent vient peut-être, effectivement, de sa culture européenne. Française ? la langue ? Ceyratoise, l'âme.

Herment, entre la Californie et l'Oregon, voilà peut-être la situation précise d'une passion pour la poésie américaine.

Sur La Route, il repensa à sa maison.... 
ce n'étaient peut-être pas "the last memories".... 




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