L'on voudrait être toute la vie dans la chaleur ronronnante de l'autour, dans les effusions répétées, les bavardages jusqu'à l'aube, se tenir proches, dans la moiteur palpable de l'étable joyeuse d'être en commun, sentir l'autre du jour à la nuit sur les pores éveillés de la peau vive, exulter à gorge déployée dans l'étable après les couvres-feu, s'y épuiser, doucement s'y allonger, lentement s'y éteindre. Mais il arrive que l'âme éprouve le besoin de s'échapper vers d'autres limbes, plus éthérées. Il arrive que le genre humain tout entier vous renvoie à votre seul être confiné entre les parois du temps et des contraintes en chaîne. Briser cette farandole n'est pas chose aisée, et seul l'amour indéfectible de la liberté peut vous faire percevoir dans les choses pures et naturelles les ouvertures où il fait bon se faufiler. 
Le corps solitaire confère à l'esprit la fuite qui conduit les grandes œuvres, il se régénère tout en s'interrogeant, il construit secrètement les fondations de l'action prochaine, il dispose les pierres et les arbres du chemin que l'on empruntera le lendemain, lorsque l'on se sera suffisamment sustenté pour reprendre la route. L'arrêt compose la trajectoire à l'égal des foulées. Qu'est-ce que l'endurance si ce n'est trouver l'instant juste du repos ? Celui qui le fortifie, l'installe, le sublime ?

Avancer dans le répit est une tâche troublante.

"C'est dans le brouillard qu'une rencontre est belle.
C'est dans le silence qu'une réponse est belle."

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