Lever de sonnaille dans l'espace du paysage

Sur les cimes du Cézalier, traîne l'échos d'un vieux métier...
L'ensonnailleur a meulé ces plateaux à force de tintements, de battements et de sonnements.
Il a fallu pour en donner la preuve, lever en portique quelques éléments de son instrumentarium favori le temps d'un souffle coupé entre monts du Cantal et monts du Forez : rondes, campanes, pointues, bronzes et trues.



Le concert donné ouvre alors la perspective d'une conception du paysage en tant que réel espace, c'est à dire une totalité de lieux occupés par les corps. 
Une définition classique, historique du paysage voudrait qu'il soit pur objet de contemplation, offert à la vue de l'homme par un surplomb, une hauteur. Comme s'il fallait nécessairement penser le balcon avec le paysage. Plutot qu'un spectacle visuel, le paysage est cette part du territoire qui se révèle par ce que l'on y est, et non par l'accès d'un recul ou d'une distance. Nous sommes au paysage car nous sommes au monde, car nous vivons dans les plis du monde. 
La pluralité des espaces du paysage découle justement des distances que l'on créé avec lui, par l'érosion des pâturages, des passages de vaches, des repères sonores qui cartographient encore aujourd'hui la nomade cité des bêtes.


Dans toutes ses utilisations, la cloche rassemble autant qu'elle distingue. Elle est l'outil le plus efficace pour regrouper les fidèles, avertir les solitaires, marquer le terme d'un moment commun. 
Elles sont elles-mêmes les montagnes. 
Comme l'espace, elles distancient les corps et les relient dans le même temps.

L'ensonnailleur fabrique à petits coups le monde.


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