Sauve Qui Peut... Clermont-Ferrand !

Pas d'articles depuis le dix-huit Août dernier... Suis-je incorrigible ?
Allez, je me promets à moi-même de me mettre régulièrement à mon clavier pour rédiger un peu plus souvent de ces articles mystérieux qui émaillent ce blog, que je souhaiterais voir vivre de lui-même, alimenté par des contenus plus fournis sur ce qui me semble relever de l'Infiniment-Ici (ce qui est pile entre l'infiniment-petit de nos pensées intimes et l'infiniment grand de la communauté cosmique, et qui se trouve être sous mes yeux strictement qualifiable de MASSIF et de CENTRAL). Il s'agira d'articles plus détaillés sur ce que je perçois des expressions géo-poétiques des peuples du Massif Central, d'Auvergne en particulier... agrémentés de fait par certaines des réflexions qui m'habitent dans toutes sortes d'instants.

Pour bien commencer l'année 2017, un petit rafraichissement -j'ai en abomination le terme relooking- de l'aspect du blog, et un article sur une rude semaine toute juste vécue à Clermont-Ferrand :

LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU COURT-MÉTRAGE, édition 2017
Sylvain "Ramirez" Ruat & moi, portrait des deux "Grands Festivaliers" que nous sommes...

Quelques petites précisions liminaires : Je me suis cette année confronté à une prise de conscience toute nouvelle pour moi. Celle de la réalité du temps. Cela fait déjà huit ans, que chaque année à la même période, je m'engouffre dans les couloirs de la Maison de la Culture de Clermont-Fd et dans les files d'attentes des projections qui s'y tiennent pour me nourrir de court-métrages. S'agissant d'un festival, il me semble inutile de préciser que l'intérêt de cette semaine clermontoise ne se réduit pas aux projections, et que cela fait donc huit ans que je profite également des nombreuses rencontres proposées, apéritifs, concerts, expositions, repas et soirées entre amis et entre inconnus.

Mon article ne se tiendra donc pas au récit d'un spectateur cinéphile de court-métrages. Il n'en est pas question, tant le sujet est fondamental de mon point de vue : le festival du court-métrage est infiniment Clermont-Ferrand, en ce sens qu'il brasse tout ce que l'on peut souhaiter de mieux à cette ville, en terme de culture, de chaleur humaine, de liberté, de fraternité, d'ouverture sur le monde, et pourquoi pas "d'effervescence", un vocable actuellement cher à la Municipalité et à la Métropole...

LE CINÉMA
Je ne m'étendrais pas sur la question... Sachez simplement que le cinéma a été toute mon enfance la principale source de mon bonheur. J'y trouvais réunies toutes les disciplines qui me passionnent encore : l'image, le récit, la musique, le "faire-ensemble" de la pré-production et du tournage, avec leurs lots d'impondérables si significatifs d'une certaine idée de l'humanité, et le travail solitaire, intuitif et absolu de l'écriture ou du montage. Qui plus est, le court-métrage rassemble tous les continents du cinéma : la fiction, le documentaire et l'expérimental.

Rien à redire sur cette édition, qui m'a offert d'excellentes découvertes et de savoureuses émotions à la vue de films comme, pêle-mêle, L'Exilé du Temps (L2), Dekalb Elementary (I3, Grand Prix de la Compétition Internationale), le passionnant Sit And Watch (L3), le très court et très intense Äiti (I6), les hilarants En Cordée (F12), Daheim (H3) et L'Enfance d'Un Chef (F1); les poétiques Bird Dog (I6) et Totems (F1, prix du meilleur film d'animation francophone), ou les  surprenants et savoureux For Real Tho (L2), Love (L3) et I Want Pluto To Be A Planet Again (F12).
Merci à Marc Raymond Wilkins, réalisateur de Bon Voyage (I6), pour livrer un message si fort à propos de nos consciences occidentales, lorsqu'elles se confrontent aux destins désastreux de ceux qui traversent les mers au péril de leur vie pensant trouver la paix en Europe de l'ouest.
Merci à Tim Weimann, réalisateur de United Interest (L3), pour avoir su marier avec autant de talent un travail esthétique époustouflant et un message politiquement cinglant et débordant de vérité sur l'histoire des Etats-Unis. Neuf minutes de leçon de cinéma et d'histoire de l'humanité.
Merci enfin à la réalisatrice Ladj Ly pour Les Misérables (F7, prix Canal +), qui dans une fiction très réaliste et menée par des comédiens au jeu très puissant, dénonce les violences policières dont on entendait les ravages les plus récents dans la presse au moment même du festival.

Côté rétrospectives, il faut bien admettre que les sélections de cette année n'ont pas fait l'unanimité. Les "Promesses Colombiennes" m'ont plutôt déçues, idem pour les séries à thème "humour noir".  En revanche, j'attire l'attention de mes lecteurs sur le fait que, quasiment chaque année, les programmes "Films en Région" sont d'une qualité rare, et qu'il m'est toujours très surprenant de constater que ces films n'auront pas eu la possibilité de concourir en Compétition Nationale, alors qu'ils ont à mon sens tout intérêt à y être. Celui Qui Brûle, Le Fils de Quelqu'un et Tapette sont d'excellents films.

LES À-CÔTÉ 
Comme souligné plus haut, le festival propose toutes sortes de rassemblements en marge des projections. Sylvain et moi, nous aimons particulièrement profiter de ces moments, qui provoquent invariablement les rencontres inopinées.
Pour exemple le "Bar des Réalisateurs" -qui malheureusement n'existait plus cette année- accueillait chaque soir des dizaines de professionnels venus discuter et boire un verre. L'occasion à ne pas manquer pour faire connaissance avec les responsables des courts à Canal+ ou les réalisateurs, comédiens, compositeurs qui s'échangent alors anecdotes de travail et cartes de visite.
Incontournable également, le Marché du Film, réservé aux accrédités, qui permet aux structures professionnelles du film court mondial de présenter leurs services, de vendre leurs films, de nouer des partenariats. Tout y en pensé pour permettre à de jeunes professionnels de lancer leur carrière. Au Marché, il y a aussi, une certaine heure, fatidique, et bien connue des festivaliers, pendant laquelle les différentes structures proposent des apéritifs gratuits. Heure de pointe et passages engorgés entre deux stands n'arrêtent pas les esthètes du "pique-assiétisme", érigé en art de vivre, que nous sommes...



Jeudi soir : Jambon de Parme, Spumante et Parmesan au stand Italien;  
Cachaça et soufflets au fromage au stand Brésilien;  
Rhums et cocktails au stand Colombien, 
et un éventail complet de distillats de plantes ou de fruits au stand Tchèque


Et puis ce festival ne se vit pas seul. Au delà de Sylvain et de sa bande habituelle (son beau-frère, sa soeur, ses amis), on croise aussi les "cultes" François et Pierre, amis tous les ans pour une semaine, dandys pince-sans-rire et éternels Yamagasis slalomant dans les soirées privées du festival.
Le festival du court-métrage, c'est aussi (beaucoup) les discours d'inauguration magistraux du Diable (Jean-Claude Saurel, président du festival), la salle Chavignier dite "Châtaignier" où l'on se retrouve à tous moments de la journée pour croiser nos plannings, l'ascenseur bavard de la Maison de la Culture, les concerts à l'Electric Palace, les soirées à L'Univers qui ne se terminent jamais, les délicieux rendez-vous "Expresso" où l'on peut prendre des notes (et son petit-déjeuner) en écoutant les réalisateurs venus du monde entier pour parler de leurs films, interrogés par Claude Duty, Annick Rivoire et Claire Diao...






Et bien sûr, le bar-mobile-clandestin de Sylvain et son distributeur de Faugères Bio.





Alors voilà, bien sûr, dans cet article, il n'est question ni de musiques traditionnelles, ni de paysages, ni de patrimoine culturel immatériel par quelque aspect que ce soit, certes, certes, mais je ne pouvais m'empêcher de témoigner d'un tel jaillissement de moments d'amitié, de découvertes et d'échanges sur ce blog. Tout simplement aussi parce que Clermont-Ferrand ne peut pas non plus s'en empêcher. Clermont ne peut pas s'empêcher toute l'année d'être de bonne humeur, d'offrir l'espace public aux manifestations de joies et aux rassemblements outre-état-d'urgence, Clermont explose cette semaine-là et remplit ses cafés, ses restos et ses bars de sourires, de langues parlées des cinq coins du monde, de musique enfiévrée de tous les styles, et d'une fraternité qui surgit là où on la dédaigne le reste du temps... La ville vit enfin. Elle respire. Elle est autre et elle-même à la fois. C'est l'exo-Clermont qui transperce l'épaisse couenne de ses habitants pour saillir dans tous les interstices de la vie.

Je ne remercierai jamais assez l'association Sauve Qui Peut le Court-Métrage d'avoir instituer ce rendez-vous ici à Clermont. Je ne souhaite en aucun cas contredire Yannick Jaulin, le nombril du monde est peut-être à Pougne-Hérisson; mais en revanche, l'oeil du monde est bien ici, sur cette lune sibylline qu'est l'Auvergne et qui gagnerait à ce que l'on connaisse son croissant de clarté plutôt que sa part d'ombre. Un oeil braqué sur l'Univers entier, heurté chaque mois de Février par le projectile plein de promesses de joie du Festival, éjecté d'une bouteille d'apéro cosmique à la vitesse du cinéma : 24 images par secondes.


Clermont, Infiniment-Ici.






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