La Fontaine des Quatre Saisons : un nouveau départ !

Chers lecteurs, je vous espère bien nombreux.
Mais je ne me fais pas trop d'idées non plus !
Je suis pour autant ré-investi d'une motivation nouvelle pour alimenter ce blog qui m'a toujours tenu à coeur. La dimension de l'infiniment-ici a grand besoin d'être matérialisée et affirmée en ce temps de violentes polarisations et c'est pourquoi, pour la relance de mon activité bloguistique, ou encore la ré-inauguration de ce blog, j'ai décidé d'observer dans le détail ce qui était tout proche de moi. 
Aujourd'hui donc, la fontaine des quatre saisons qui depuis la fenêtre de mon salon, brasse tranquillement les eaux Riomoises pour fêter l'arrivée de climats plus doux.

Devant l'église Saint-Amable
Remise en eaux il y a une poignée de semaines à peine, elle me rappelle à la fois combien le temps et les saisons s'écoulent à toute vitesse, et qu'il est grand temps de prendre un nouveau départ. Son haut réservoir rectangulaire affiche, sur chaque face, des mascarons rappelant les quatre saisons, fantaisie tranchant avec les pilastres ioniques, la grisaille de la pierre de Volvic et l'austérité globale du monument. 

Je crois que j'ai dans l'esprit ces quatre mascarons depuis que je suis tout petit. Précisons que je vis dans la ville où je suis né, où ont grandi mes parents et à trente mètres de l'école maternelle où j'ai appris à faire du coloriage... Les quatre personnages hantent mon enfance et depuis deux ans, font face à mon appartement. Allons à leur rencontre.







Le jeu ne devrait pas être très difficile : il s'agit de retrouver les saisons que symbolisent chaque personnage. Et on répond en commentaire sur la page https://www.facebook.com/infiniment.ici/ !

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A présent, avançons dans la lecture du monument. Et remercions au passage Pascal Piera du Pays d'Art et d'Histoire qui m'a bien aidé dans cette courte enquête (trente minutes chrono). La fontaine date donc de 1764, elle a été érigée d’après les plans de l’architecte Claude-François Legay (1728-1803) et rend hommage à celui qui a permis sa construction, l'intendant Ballainvilliers, dont elle porte le nom. Différentes inscriptions, en latin ou en français, se développent sur ses faces dans une grande disparité de ton. Alors qu'on retrouve, sur les faces est, nord et ouest, des phrases assez poétiques rappelant la fonction - quasi miraculeuse - de la fontaine (« La source qui autrefois, détournée, disséminait ses eaux errantes et se plaignait d’abandonner ses rochers d’origine, maintenant ramenée par un art admirable dans des canaux de pierre, se réjouit, reconnaissante, d’écouler ses eaux renaissantes » face ouest), la face sud livre des explications bien plus précises quant à son histoire :

« REGNANTE LUDOVICO XV / AUSPICE S.C.S. BERNARD DE BALLAINVILLIERS / APUD NOS PRÆFECTO / AQUAS PERFORATO SILICE DUCTILES / ARTES MIRANTUR / INVIDEAT TEMPORUM EDACITAS / AN. REP. SAL. MDCCLXIV. »

« Sous le règne de Louis XV, sous les auspices de l’intendant Simon Charles Sébastien Bernard de Ballainvilliers. Les arts mettent en valeur et la morsure du temps attaque l’écoulement des eaux à travers la roche perforée. L’an de grâce 1764. »

« CHAPER AQUILEX STRUXIT / LEGAY ARCHITECTO DIREXIT / VISSAC ÆDILIS INSPEXIT / 3 000 LIBRIS CONSTITIT. »

« Chaper, fontainier, a construit, Legay, architecte, a donné le plan, Vissac, consul, a surveillé les travaux, Le monument a coûté 3000 livres. »

Aujourd'hui, de petits panonceaux que l'on voit au-dessus de chaque personnage répètent obstinément que l'eau qu'elle écoule est "non potable". Un paradoxe placardé juste en dessous d'un extrait de l'Ancien Testament :
« Dans leur soif, ils t’invoquèrent. De l’eau leur fut donnée d’un rocher escarpé et, d’une pierre dure, un remède à leur soif. » 
(Sagesse, XI, 4).

Pourquoi vous le cacher ? Cet article est aussi l'occasion de publier un petit extrait d'un texte que j'aime particulièrement, "L'Eau et Les Rêves" du grand Gaston Bachelard. D'abord parce que son point de vue sur le Pays Natal est particulièrement à propos, et deuxièmement parce qu'il me semble contribuer à une potentielle définition de l'"Infiniment-Ici", un lieu in(dé)fini, d'avec lequel la proximité se fabrique à l'intérieur de soi : 

«Le pays natal est moins une étendue qu’une matière; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur… Il n’est pas nécessaire que ce soit le ruisseau de chez nous, l’eau de chez nous. L’eau anonyme sait tous mes secrets. Le même souvenir sort de toutes les fontaines.» 
Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves.





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