La fresque de l'école de Teilhède


Où l'on tente la définition d'une nouvelle catégorie d'art




Art Mural Bord-de-routier


Tous ceux qui connaissent mes marottes savent combien il est périlleux d'être passager de ma voiture, lorsqu'au volant mon regard se perd sur les trésors de l'Infiniment-Ici qui parent les bords des routes du Massif Central parcouru... Inutile d'aller bien loin souvent pour trouver ce que l'on cherche, la preuve en est avec cette fresque que je ne regardais plus tant elle fait partie du décor de ma vie depuis ma naissance... En effet, sur la commune de Teilhède entre Gimeaux et Combronde, on trouve en bordure de la D17 la Mairie, ancienne école, juste à coté de laquelle se trouve l'actuelle école. Celle-ci tourne le dos à la départementale, orientée Sud vers le vallon brumeux qui sépare la commune des villages de Prompsatn et de Fonfrède (Châtel-Guyon). 

L'école au siècle dernier (actuelle Mairie)

Avec un tantinet de curiosité, le visiteur s'arrêtera pour contempler la peinture murale qui occupe la quasi-totalité de la surface du mur aveugle, à l'exception du soubassement en pierre apparente (du pays!) et du triste pignon au crépit délavé, auquel on a épinglé un écusson tricolore et deux drapeaux dans la pure tradition de l'école de la république...
Certes, lorsque l'on observe l'ensemble, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Mais peut-être au moins deux. Histoire que les canards à quatre pattes des montagnes d'Auvergne puissent tenir debout sur les flancs escarpés des monts du Sancy. 



D'emblée, la composition assez anarchique de l'ensemble rappelle certaines peintures médiévales voire plutôt l'art naïf par essence, c'est à dire l'émancipation par rapport au superflu : les perspectives et les dimensions, la précision des couleurs. Ceci étant dit, un premier plan semble émerger, avec deux ensembles de maisons de chaque coté, et une fontaine à voûte surmontée d'une croix (la fontaine Saint-Pierre ?). Juste derrière, un imposant tronc d'arbre central, dans lequel niche une chouette blanche, attire l'oeil, d'autant que la figuration de ses branches a probablement fait l'objet d'un abandon, ou d'une éviction assumée. Se déploient, partout autour, des représentations d'un village, peuplé d'hommes, de maisons et d'animaux variés, surplombés par un horizon fait de collines, d'oiseaux en vol dans un ciel blanc ponctué d'un arc-en-ciel et d'un soleil anthropomorphique. Dans la partie haute de la fresque, tous les personnages arborent un large sourire et lèvent la tête vers le haut, ce qui ne tranche définitivement pas avec une certaine tendance instinctive de "l'homme judéo-chrétien" à associer l'idée de ciel avec celle du bonheur éternel.



A vrai dire, je ne sais rien sur cette peinture. Ni la date de sa réalisation, ni ses auteurs. Ce que l'on peut affirmer sans trop se risquer, c'est qu'elle date d'avant 1995, et que les peintres sont très probablement les élèves de l'école, dont les âges devaient très vraisemblablement s'étaler de trois à douze ans. Il n'y a rien d'étonnant à ce que les murs d'une école soit recouverts de peinture, c'est d'ailleurs, et très tristement, parmi les dernières peintures murales que l'on peut rencontrer aujourd'hui que ce soit en ville ou la campagne : à part quelques sinistres trompe-l'oeil et quelques -trop rares- initiatives citoyennes qui consistent à restaurer les peintures publicitaires qui ornaient les murs de nos bourgs, nos façades sont désespérément monochromes. Il reste à écrire un article sur l'adoration du crépit par notre civilisation malade...
Pour en revenir à la fresque de Teilhède, je crois que j'affectionne particulièrement cette peinture assez foisonnante, une sensation de liberté s'en dégage instantanément. L'enfance est pleine de ressources, surtout en ce qui concerne l'invention d'animaux indéterminés, aux attributs épars plongeant nos regards d'adultes dans la confusion que produit toute représentation à mi chemin entre le figuratif et l'abstrait. Quelques détails, pouvant contribuer au grand bestiaire imaginaire du Massif Central : 


Le Koala Jaune des Cotes de Combrailles, espèce en voie de figuration


Cochon à queue plate ? Fourmilier bipède ? Raton-Laveur à poil ras ?

Art Naïf Brayaud



"Les enfants sont formidables" et la vérité sort de leurs pinceaux... Quiconque souhaiterait connaître les spécificités architecturales de ce petit coin d'Auvergne n'a qu'à observer leur travail pour comprendre que l'on est en plein pays vigneron... Vous reconnaîtrez aussi bien que moi les maisons Brayaudes, typiques du rebord occidental de la Limagne, avec ses enduits à la chaux, ses escaliers extérieurs menant aux habitations, ses rebords de toits soutenus par des piliers de bois, ses portes voûtées donnant sur les rez-de-chaussées réservés aux "cuvages" et y compris les châssis de fenêtres peints en bleu et leurs larges croisillons... on peut même apercevoir un de ces pigeonniers endogènes du pays Riomois, pièce souvent maîtresse des puzzles que sont ces maisons où l'on groupe dans un faible volume l'ensemble des locaux adaptés à chaque activité.  


charrette à bras ou remorque Michelin ?


outre l'omniprésence des coqs, soulignons également la robe noire tachée de blanc des vaches du pays...


Pour clore ce voyage au pays de l' "Art Naïf Mural Brayaud Bord-de-Routier", je vous laisse en compagnie de deux Brayauds en bonne et due forme, biaude, sabots et chapeau pour l'un, bottes caoutchouc, bleu de travail et béret pour l'autre, sans vouloir pour autant lancer un nouveau débat les notions d'authentique et de folklorique...




Commentaires

  1. Votre fresque de Teilhède fait partie d'un ensemble réel, pas toujours "bord-de-routier", celui des fresques murales scolaires (plus qu'extra-scolaire, mais ça, ce serait un long débat...). Il pourrait être tout à fait agréable d'en dresser un inventaire, comme celui que j'ai réalisé sur les environnements populaires spontanés (cf. "Le Gazouillis des éléphants" aux éditions du Sandre, 2017). J'ai fait quelques photos de ci de là de certaines de ces réalisations qui relèvent, davantage que de "l'art naïf" proprement dit, plutôt de l'art enfantin, un art cela dit où la part de l'adulte joue peut-être un rôle aussi, ce dernier se tenant en arrière, parfois artiste plus ou moins avoué, toujours intervenant éducatif. Ce peut être, dans une petite commune comme Teilhède, l'instituteur de la classe responsable de la fresque ; au passage, dans ce genre de commune, ce dernier a peut-être bien plus les coudées franches que dans une grande ville où il faut toujours montrer patte blanche et obtenir des autorisations paperassières enquiquinantes : c'est dont l'avantage de ces petites communes, jouir d'une plus grande liberté d'intervention collective sur les murs extérieurs disponibles.

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  2. Tu ne peux pas mieux dire ! Une amie m'a donné quelques infos supplémentaires :

    "C'est grâce à la personne qui a fondé l'école, Madame M.Bonnefoy.Formidable enseignante, très inspirée par la pédagogie Freinet. Ici la hutte gauloise dans la cour de l'école : https://www.icem-freinet.fr/.../ne/45/pratiques-hutte-45.pdf. Dans l'article elle fait mention de la fresque murale."

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