Le piédestal de Nébouzat

Où l'on rencontre enfin l'origine de la Bourrée


Photos anonymes extraites du formidable site "www.petit-patrimoine.com"

"Faï tot petar milladiu !"


Concernant cette mystérieuse et fantasmagorique "bourrée", qu'elle soit d'Auvergne ou du Limousin, dont on peut lire au hasard d'internet que c'est "une espèce de danse gaie, qui nous vient d'Auvergne, composée de trois pas joints ensemble avec deux mouvements et qui commence par une noire en levant" (SIC !!), tout a été dit ou presque... Exemple presque archétypal de danse populaire dont les origines sont difficilement discernables, emblème, par extrapolation hâtive, d'un peuple arverne mythique composé de guerriers victorieux qui se serait dissous dans le christianisme édulcorant... Moins on la connaît, plus elle fascine et plus elle est le sujet de délires historico-ethnologiques aussi chatoyants et bigarrés qu'absurdes...
"Il faut chercher l'origine de la danse limousine bien loin dans les temps très reculés, aux temps des Atlantes et des Hyperboréens. Plus tard, après les temps diluviens et les séismes qui virent disparaître nombre de continents et transformer les autres terres, les peuplades réfugiées au Nord se répandirent sur l'Europe occidentale, centrale et orientale." écrit Huguette Cochinal, "druidesse du Collège des Druides, Bardes et Ovates des Gaules", en 1974.

Les premières descriptions ou plutôt mentions de la bourrée apparaissent en 1665 dans les "Mémoires sur les Grands Jours d'Auvergne" de l'ecclésiastique Esprit Fléchier :   



Et même s'il est supposé que la "science infuse de leurs bourrées" émane du fond des âges -c'est le propre de la transmission orale-, des éléments iconographiques comme le piédestal de la Croix "de la Croze" à Nébouzat nous donne un peu de fil à retordre.

Le piédestal 


Que vient faire la croix de Nébouzat, et son socle tronconnique à deux registres, sculptée par un artisan populaire local en 1729 comme l'indique la base, dans cette histoire ?
Il vient tout simplement dépoussiérer nos clichés en la matière, et apporter grande eau au moulin d'un certain Pierre Fournier, archiviste qui en 1947, publia dans "L'Auvergne, Cahiers d'Etudes Régionales" une petite monographie justement intitulée "Le piédestal de la croix de Nébouzat et les Bourrées d'Auvergne".
Dans cet article, Pierre Fournier s'attache à montrer combien l'image de la bourrée et de la cornemuse ont semble-t-il plus marqué les visiteurs de l'Auvergne que les auvergnats eux-mêmes... Puisque cet artisan Nébouzatois, lorsqu'il souhaite figurer en 1729 une scène de fête -au revers d'une Nativité, percée d'une niche à lanterne-, choisit de représenter un "pifraïre" (joueur de fifre), et une forme de farandole où les danseurs se tiennent par la main... Suivant un protocole cher aux archivistes, Fournier démontre alors combien la région regorgeait -à Montferrand, Besse, Vic-le-Compte, Champeix...- de ces joueurs de flûtes et de tambourins que l'on associait alors plus volontiers à un décor Provençal, préférant nous vanter de nos "chèvres" et autres instruments hautement couinants. Quant à la farandole, difficile aujourd'hui de ne pas admettre qu'elle ait pu se danser en Auvergne en même temps que la Bourrée, quand la danse populaire de référence est probablement aujourd'hui... la chenille ou la queue leuleu... loin de moi l'idée de négliger les autres danses, je vois déjà se lever les ayatollahs de la danse des canards et de la macarena...






Pour aller plus loin :
- La fiche de la croix renseignée sur le site du petit patrimoine : http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=63248_2

- Se procurer l'article de Pierre Fournier : https://www.priceminister.com/offer/buy/538960535/le-piedestal-de-croix-de-nebouzat-et-les-bourrees-extraits-de-auvergne-cahier-n121-1947-d-auvergne-de-fournier-p-f.html


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