L'Animal Anonyme

De l'Art Déco qui décore si peu Clermont-Ferrand


Toutes photos : ©Romain Maurel

Le vif intérêt que je porte aux fascinations dans lesquelles nous plongent l'Art Roman et ses symboles a fait se développer en moi un réflexe de tension du cou qui me pousse à regarder au dessus de ma tête en toute circonstance, au cas où un chapiteau sculpté s'y trouverait. Des suites de cette habitude, il y a quelques temps en me promenant vers les Salins de Clermont, j'ai été frappé par le regard furibond d'un animal étrange, perché au dessus d'une porte massive. Interrogé, j'ai voulu en savoir plus et grâce aux lecteurs de la page facebook de l'observatoire (à laquelle, soit en dit en passant, vous pouvez vous abonner pour être informé des nouveaux billets du blog), j'ai pu glaner quelques informations. 

Tout d'abord, l'immeuble dont on parle se trouve être l'un des très rares édifices art déco de Clermont-Ferrand, et bénéficie d'une inscription aux Monuments Historiques à ce titre. Sur le site internet de la Ville, on l'attribue à l'architecte Louis Dalmas, et sur celui du Ministère de la Culture, à Louis Delamas. Alors, Harry Buttle ou Harry Tuttle ? on se croirait dans Brazil... Quoi qu'il en soit et qu'il y ait deux Dalmas ou 101 Delamassiens, la bâtisse arbore de nombreux éléments typiques du style art déco que l'on trouve peu à Clermont : frontons d'inspiration néo-grecque, angles arrondis, bow-windows et ferronneries ondulatoires forment cet ensemble parachevé par la présence presque inopportune de ces deux sculptures d'ornement... La bête à poil et sa frangine.

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De mon point de vue, l'usage de la pierre de Volvic, comme visiblement ci-dessus, témoignerait, plutôt que d'un chauvinisme dissonant, d'un goût de la sobriété quasi-janséniste que cultivent encore aujourd'hui les Clermontois, voire même un trivial souci d'économie, et qui jure un tantinet avec l'exubérance de l'Art Déco. Toutefois un petit groupe d'architectes adeptes du style a laissé sur son passage quelques ouvrages. Pour les trouver il faut chercher aux :
- 33 rue Montlosier
- 45 avenue Franklin-Roosevelt
- 17, 36 et 42 avenue Julien
- 27 rue Blatin
- 11 boulevard Duclaux
- "Repro-service 63" au 9 rue de Maringues
- L'hôtel Majestic Place Gaillard
- L'hôtel Blaise Pascal rue Massillon

Et bien sûr, l'ancienne pharmacie "Medeville" de la Place Royale et la "boulangerie moderne" de la rue du Port :

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oLe "tympan" vitré Art Déco de l'ex-pharmacie de la place royale, aujourd'hui Confiserie "Moinet"




Pour conclure, revenons à nos moutons... ou à nos renards, fouines, martres ou belettes, car il est bien difficile de déterminer de quelle espèce il s'agit. Pour les connaisseurs comme mon amie Suzanne Thiery, pas de doute, elles ont la queue des Viverridés et non des Mustélidés, or en France il n'y a de viverridés que les ... Genettes ! Nous voilà dans de beaux draps. Pourquoi des Genettes ? Et pourquoi leurs queues n'ont-elles pas été annelées par le sculpteur ?






Devant l'imputrescible mystère de ce cas, faisons preuve d'humilité comme le fit Buffon au milieu du XVIIIe siècle, quant il publia son encyclopédie d'"Histoire Naturelle" et qu'il fit la description d'un mystérieux "animal anonyme" :

⤳ "Nous donnons ici figure d'un animal nouveau, c'est-à-dire, inconnu à tous les Naturalistes. Cet animal dont nous ignorons le nom et que nous appellerons l'Anonyme, en attendant qu'on nous dise son nom, a quelques rapports avec le lièvre, et d'autres avec l'écureuil."

Gravure repérée chez Pascal Sigoda... extraite de l'encyclopédie de Buffon


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